TV5 Monde + Cinéma
La 1ère offre internationale des cinémas francophones à la demande 310 films à téléchargerY aura-t-il de la neige à Noël ?
Réalisation
Acteurs
Avec Dominique Reymond, Daniel Duval, Fanny Rochetin, Xavier Colonna, Guillaume Mathonnet, Alexandre Roger, Jessica Martinez, Jérémy Chaix, Flavie Chimenes, Eric Huyard, Loys Cappatti, Marcel Guilloux-Delaunay, Andrée VeyssetPitch
Voir la fiche technique
Acteurs :
- : la mère
- : le père
- : Marie
- : Pierrot
- : Rémi
- : Bruno
- : Jeanne
- : Paul
- : Blandine
- : Yvon
- : Bernard
- : L'instituteur
- : L'actrice
Equipe du film :
- : Sandrine Veysset
- : Sandrine Veysset
- : Hélène Louvart
- : Didier Saïn
- : Nathalie Raoul
- : Jacques Dubus
- : Nelly Quettier
- : Henri Ancilotti
- : Humbert Balsan
- : Ognon Pictures
- : Pyramide Distribution
Dates :
- : 18/12/1996
Informations techniques :
- : Couleur
- : Long metrage
- : Français
Bandes annonces et photos
Bandes annonces
Ils en parlent
-
Télérama
" On dirait une bobine en super-8, gonflée de quotidien, où la campagne montre enfin sa vraie nature, entière, fougueuse. L'eau, filmée dans tous ses états, symbolise les débordements du chef de famille : comme pour nettoyer l'affront subi, l'aînée passe la serpillière, quand son père lui jette des regards concupiscents... Le titre même prouve combien le père est mis au rang des éléments naturels incontrôlables. Y aura-t-il de la neige à Noël ? signifie : « Est-ce que papa sera là pour Noël ? » La mère, elle, ne manque jamais à l'appel. Par la magie de cette femme au grand coeur, le film quitte le réalisme pour la féerie. Sandrine Veysset sait capter la seconde précise où la banalité du quotidien se teinte de poésie. Elle accomplit un vrai miracle: coller à la réalité la plus poisseuse, la plus asphyxiante pour s’en arracher, brusquement, par d’incroyables audaces lyriques. Sans jamais tomber dans l’emphase."
Martine Landrot, Télérama -
Positif
" L’univers dans lequel, à la hussarde, la cinéaste entraîne ainsi le spectateur est celui des enfants d’abord, puis du patron dont on sait vite qu’il est «le» père. C’est aussi un milieu agraire étranger au monde de la ville. Le regard y va à la terre. Les sens y perçoivent les variations de la lumière, la présence de l’eau, et, au cœur de la paille conditionnée, ils devinent quelque chose d’obscur, de lourd et d’excitant comme doit l’être la vie dans le ventre maternel.
Père, enfants, mère implicite (peu identifiable encore, accompagnée d’une ouvrière, elle arrive par le fond de la cour), bâtisse d’une ferme et engins mécaniques épars, tous sont en place pour une chronique du quotidien (étalée de l’été à l’hiver) qui développe ce que la brutalité de l’intrusion a dévoilé : des relations rudes, une sensualité omniprésente. Ces plans décisifs déterminent chez le spectateur une étonnante réceptivité à des réalités ordinairement méconnues ou considérées avec réprobation.
Réalité d’un passé français vague, mais antérieur aux années soixante-dix qui ont généralisé la contraception : personnage central, la mère a sept enfants. C’est une femme énergique, musclée par le travail, et belle. Réalité de l’économie maraîchère dont le rythme des productions, des opérations de conditionnement des légumes (va-et-vient obsédant des cagettes, des chargements, des transports urgents) asservit la main-d’œuvre. Main-d’œuvre familiale : dès cinq ans, ici, on trime.
Réalité d’une société terrienne où le patriarcat est un état de fait toléré (...) Réalité où la bâtardise est consensuelle même si, comme le concubinage, elle humilie. Réalité aussi de l’inceste, accident de parcours qui indigne, mais qui n’est pas dénoncé : on fait avec. C’est douloureux à encaisser, mais la mère retourne sa colère contre elle et ses enfants plutôt que de déposer plainte.
Film naturaliste, donc ? Néo-réalisme, misérabilisme ? Penser à ces références, c’est les écarter, non pas qu’elles soient inadéquates, mais parce que le film relève d’une intimité existentielle avec son propos qui le rend singulier. Avec les ingrédients des réalismes les plus pesants, Sandrine Veysset a réalisé un film qui paraît ne pas en dépendre. Qui a de la légèreté et de la tendresse. Qui situe les enjeux en deçà de toute approche morale ou conventionnelle (...) Le film prend le contrepied de l’idéologie familiale contemporaine, soit parce qu’il fait l’éloge de ce qui passe pour condamnable, soit parce qu’il éclaire les méfaits de la famille, lieu d’exploitation et d’oppression (...) Sandrine Veysset associe d’une manière inextricable l’abus et l’amour, la rudesse du pouvoir imposé et l’ambiguïté des relations affectives (...) L’intensité du lien sexuel qui unit le couple parental est pourtant la clé du film. Lorsque le volet est tiré sur la chambre où, en amants, ils se rejoignent pour la sieste, on sait que là se joue ou se noue le mystère essentiel. Mystère de relations paradoxales qui font que maître et serviteur sont complices et également pris au piège de l’autre. Mystère de la symbiose entre les êtres et la nature.
La cinéaste filme avec le Iyrisme de Renoir la chaleur, la fraîcheur de l’eau, le vent : le ronflement du vent empoisonné sauve de la mort. La caméra participante (l’expression renvoie à la méthode de Flaherty) d’Hélène Louvart donne au film une puissance d’évocation (conte cruel, imaginaire tragique et aussitôt ébloui de l’enfance), une qualité d’émotion (c’est au premier degré qu’une chanson ridicule d’Adamo nous atteint) prodigieuses (...)
Toujours physique et à fleur de matière, Y’aura-t-il de la neige à Noël ? possède aussi la grâce des symboles. La richesse du tacite, de l’implicite, de l’opacité tentatrice. On aimerait comprendre (...) mais la pénétration écrase, détruit le territoire de l’enfance. Appliquer l’outil de la psychanalyse au film serait faire comme si la neige ne tombait pas à Noël. On ne badine pas avec les contes."
Françoise Audé, Positif -
Les Inrockuptibles
" Sandrine Veysset et son film surgissent dans le champ du cinéma sans prévenir, venant de nulle part, ne se réclamant d'aucun héritage ou d'aucune famille, ne revendiquant ni père ni mère, si ce n'est ses propres parents. Sandrine Veysset n'a pas fait la Femis, n'a pas grandi en lisant les Cahiers ou Positif, ne s'est jamais nourrie à la mamelle Cinémathèque, a complètement séché l'étape "obligatoire" du court métrage et n'a pas réalisé son film avec les livres de Bazin ou Daney dans la poche gauche en guise de boussole théorique. Tout cela se sent de manière immédiate à la vision de son film. Si l'on insiste sur cet aspect des choses, ce n'est ni pour enfermer Sandrine Veysset dans un tiroir "génération spontanée" ni pour faire l'apologie (ou la critique) d'un certain désert culturel cinématographique provincial, mais pour souligner la première forte impression que produit Y aura-t-il de la neige à Noël ? : sa force brute de décoffrage, sa manière et sa matière naturelles (mais pas naturalistes), sa sincérité sans fard, son évidence qui semble couler de source, son absence de toute artificialité et de tout présupposé théorique, sa liberté vis-à-vis de toute référence identifiable, ses choix esthétiques qui résultent toujours d'une nécessité plutôt que d'une propension à la coquetterie.
Si le film peut faire penser très fugacement à Rossellini (les comédiens amateurs, l'attention aux gestes quotidiens, le semi-miracle de la fin), Renoir (celui de Toni ) ou Pialat (un mauvais père, une enfance parfois dénudée), on sent bien que c'est tout à fait fortuitement et qu'il doit ses qualités avant tout à l'instinct de Sandrine Veysset et aux histoires qu'elle portait en elle (...)
Ça commence en plein été, la photo surexposée renforçant la luminosité de la saison et la sensation de canicule. L'époque est indéterminée (aujourd'hui ? il y a dix ans ? vingt ans ?) mais le reste est précis : les lieux une ferme plus ou moins isolée , les personnages un père exploitant agricole, une mère et une noria d'enfants et "l'action" le quotidien d'une famille d'agriculteurs, du travail aux champs aux jeux des enfants. La mère semble être au centre de ce micromonde (...) C'est une famille rurale sans problème qui vit les jours laborieux mais heureux d'un été ordinaire. Sandrine Veysset sait rendre le tableau très vivant, capte une foule de détails et de mouvements mais comme en passant, sans jamais rien souligner, respectant la liberté de regard du spectateur. Elle ne mythifie pas la vie aux champs et se garde de tout lyrisme écolo ou panthéiste : elle montre le quotidien de la vie campagnarde, ses bonheurs mais aussi sa dureté.
Ni La Terre de Dovjenko ni un clip du ministère de l'Agriculture. Mais au fur et à mesure que l'histoire va avancer, que l'on va quitter l'été pour filer vers l'automne, puis l'hiver, Sandrine Veysset va opérer un mouvement général parallèle à celui des saisons. Lentement, par petites touches, mais inexorablement, les personnages vont évoluer, leurs relations se dévoiler et se préciser... Le tableau général va se resserrer et s'assombrir, des extérieurs aveuglants de l'été aux intérieurs nocturnes de l'hiver, du groupe familial vers les individus qui le composent. Formellement autant que thématiquement, Y aura-t-il de la neige ? sera donc une affaire de refroidissement. Dans ce contexte, la présence du père deviendra de plus en plus forte et oppressante (...)
Mais l'intelligence de cinéaste de Veysset fait qu'elle échappe totalement au brûlot féministe facile, préférant donner sa chance à tous les personnages qu'elle filme, ou préférant le particulier d'une histoire aux généralités de la sociologie. Témoin, ces quelques scènes intimes entre le père et la mère : malgré toutes ses tares, le père est encore capable d'éclairs de tendresse, de gestes et de mots d'amour. La mère aime cet homme, elle a simplement la malchance de tomber sur un enfoiré. Mais c'est comme ça, une histoire d'amour ne se juge pas, irréductible au regard des autres et n'appartenant qu'à ceux qui la vivent...."
Serge Kaganski, Les Inrockuptibles
Affiche













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