TV5 Monde + Cinéma
La 1ère offre internationale des cinémas francophones à la demande 350 films à téléchargerFaubourg Saint-Martin
Réalisation
Acteurs
Avec Françoise Fabian, Patachou, Marie-Christine Rousseau, Stéphane Jobert, Ingrid Bourgoin, Emmanuel Lemoine, Chantal Delsaux, Pierre Blain, Patrick Couet, Paulette Bouvet, Marcel Gassouk, Howard Vernon, Greg Germain, Renaud VictorPitch
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Acteurs :
- : La marquise
- : Mme Coppercage
- : Marie
- : Paul
- : Suzanne
- : François
- : Marianne
- : fils de la marquise
- : André
- : Une passante
- : le fleuriste
- : un client grincheux
- : L'Antillais
- : inspecteur de police
Equipe du film :
- : Jean-Claude Guiguet
- : Jean-Claude Guiguet
- : Alain Levent
- : Jean-François Chevalier
- : Monic Parelle
- : Khadicha Bariha
- : Sergio Tomassi
- : Paulo Branco
- : Les films du passage
Dates :
- : 10/12/1986
Informations techniques :
- : Couleur
- : Long metrage
- : Français
Ils en parlent
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Les Inrockuptibles
Avec une moyenne d’un film tous les quatre ans, chacun de ses plans est aussitôt identifiable : un certain phrasé des actrices, un dialogue ciselé mais qui ne tourne jamais au mot d’auteur, une mise en scène aussi discrète que précise, un petit monde féminin qui résiste et se cogne au vaste théâtre social que les hommes croient gouverner, bref, un univers, fait de constances et d’obsessions.
Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles -
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" En seulement quatre longs métrages et deux courts, Jean-Claude Guiguet a su marquer le cinéma français de notre temps ; à l'instar d'un Jean Grémillon, Guiguet est artisan sensible et rigoureux, donc vrai poète. La palette intime de ce classique discret, indifférent aux fanfares médiatiques, reprend inlassablement les seuls enjeux qui comptent, pour un cinéaste digne de ce nom : le piège invisible des apparences, le miracle permanent de la réalité.
Cinéma paradoxal, nourri de fine culture et traversé d'une violence sans nom ; art hautement musical, où la limpidité découvre des abîmes. Chez Guiguet, le sonore est ce qui échappe au visuel et le dépasse. C'est l'espace naturel de tous les secrets ; le lieu du mystère, le point de la création. Guiguet filme l'au-delà "musical" du visible ; une ponctuation à distance qui est le coeur de la mise en scène. Guiguet cadre des voix : celles des vivants - happées dans le champ - et celles des morts.
On touche ici à l'indicible. Celui de la musique, cet écho d'un autre monde ; quand la peinture reste le reflet de notre monde. Le cinéma accorde les échos de l'au-delà aux reflets de l'en-deçà. L'émotion est ici de l'ordre de la modulation. Loin des secousses qui pilonnent trop souvent le spectateur, Guiguet tire du cinéma de subtiles vibrations. Sa petite musique est grande peinture : il prolonge la lumière tamisée, secrète, de son grand-oncle, le peintre François Guiguet. On peint et l'on joue de la musique dans les films de Jean-Claude Guiguet, ces opéras intimes. Opéras implicites où la vocalité des arias solistes et des ensembles garde la rigueur de la musique de chambre (...)
chez Guiguet, le réalisme ne se départit jamais d'un fantastique feutré. Face au Mal, il n'est d'héroïsme que pudique, pour ce cinéaste stoïcien qui scrute inlassablement les énigmes du quotidien (...) Pour qui sait l'oeuvre rare de ce cinéaste hors pair, poète avant tout, un passionnant réseau se dessine (...) : l'initiation des Belles Manières, la fatalité de Faubourg Saint-Martin, l'ambiance du Mirage, la perfection fantômatique de La Visiteuse (...) Allant à l'essentiel, il sait faire partager la ferveur de l'invisible, cette pierre de touche du cinématographe."
Philippe Roger, Catalogue du Festival du Film de La Rochelle, .- -
L'Evénement du jeudi
" Un lumineux drame d’amour: tel est le film que Jean-Claude Guiguet a réussi - huit ans après son premier long métrage Les Belles Manières (...) Bien qu’au générique l’eau du canal Saint-Martin s’écoule par une écluse, Guiguet ne joue guère des références populistes. Et son hôtel trois étoiles du 10e arrondissement, quelque part entre ledit canal et la porte du même nom, n’évoque en rien l'Hôtel du Nord. Théâtralisé, hiératique et pourtant palpitant de sentiments vrais et profonds, Faubourg Saint-Martin échappe en effet, et là est son mérite premier, aux pièges de l’hommage coincé et rétro. C’est, tout au contraire, un mélodrame situé hors du temps, dans le noman’s land d’un petit monde déjà en voie de disparition. Sans nostalgie putassière, mais tout empreint de grâce : noblesse des émotions et des comportements, lumière des personnages. Un peu comme dans les films de Jacques Demy.
Sur son hôtel trois étoiles (miroirs, boiseries et dorures) règne une tenancière très distinguée que l’on devine riche de connaissances et d’expériences diverses. Intrigant mélange de confidente, de mère-poule, de tireuse de cartes et de stoïcienne. Mme Coppercage, c’est son nom de veuve (une Patachou admirable et constamment surprenante) loge au mois, au milieu des touristes de passage, trois femmes, elles aussi marquées par la vie. Il y a la Marquise, rayonnante et douce, qui michetonne avec infiniment de classe dans son ciré noir - pour élever son fils (c’est Françoise Fabian, superbe d’optimisme vital), il a y a encore Suzanne (Ingrid Bourgoin), musaraigne inquiète qui veut devenir cantatrice, et la pulpeuse Marie (Marie-Christine Rousseau) qui veut croire à l’amour depuis qu’elle a rencontré Paul (...) chacun laisse parler son coeur (y compris, tout à la fin, un inspecteur de police). Tous et toutes sont des êtres d’exception, des cœurs purs et meurtris, et comme irradiés par une clarté intérieure.
Ponctué par des bouffées du Don Carlos, de Verdi, Faubourg Saint-Martin avance sur le fil du rasoir, dans un univers légèrement décalé mêlant beauté, bonté et tragédie. Film rare s’il en est."
Michel Boujut, 17/12/1986, L'Evénement du jeudi -
Révolution
" Pour aller aux Halles, centre de Paris, à partir des quartiers nord-est, par exemple du canal Saint-Martin, peuplé de tant d’ombres cinématographiques, Arletty face à l’Hôtel du Nord faisant son atmosphère, Michel Simon cherchant dans les bistros des quais la «patronne» de l’Atalante, Dita Parlo, le plus court chemin emprunte, dans le 10e arrondissement, le passage du Pont-aux-Biches. Nom romantique, lieu d’une banalité à pleurer. C’est un escalier à deux volées avec une rampe de fer au milieu, qui fait communiquer la rue Meslay avec la rue Notre-Dame-de-Nazareth. Les murs en ont été repeints, mais les marches sont toujours humides. Aucune boutique ne l’éclaire, il n’a rien de ce qui fait le charme de tant de passages parisiens, leur débraillé rue du Faubourg-Saint-Denis, leur endormissement un peu provincial rue du Faubourg-Montmartre. Aussi ne le connaissent que ceux pour qui Paris est d’abord terrain de longues marches.
Dans Faubourg Saint-Martin, la caméra de Jean-Claude Guiguet s’attarde un instant passage du Pont-aux-Biches. Cest que le cinéaste est un de ces «paysans de Paris », petits-fils de Louis Aragon, arpenteurs de la ville comme d’une terre qui serait à eux, dont ils auraient à attendre des fruits. On le voit bien à la gourmande exactitude avec laquelle Jean-Claude Guiguet suit ses personnages dans la rue, dans leurs errances ou leurs trajets précis. Paris existe dans ce film, et c’est son charme premier.
Mais c’est loin d’être le seul : dans ce film-là, Paris est une ville habitée. Autour d’un hôtel qui, avec ses habitués et ses clients de passage, recrée un monde, se vit la vie de tous les jours, entre les courses au marché et la mort bête, pour un amour malheureux. Mais cette chronique quotidienne, au jour le jour, des aventures qui croisent leurs trames autour de l’hôtel où l’on revient toujours, n’est pas que description attendrie. Faubourg Saint-Martin est fortement structuré autour d’un personnage central, Dieu le père et le destin en même temps qui, de la place privilégiée qu’il occupe, voit tout ce qui se passe dans l’hôtel, donc dans le film.
Ce personnage, c’est la patronne de l’hôtel, justement : admirable Patachou, grande dame dont un rien de vulgarité calculée vient comme réhausser la classe. Elle console et rabroue, elle donne au moment où il faut le coup de pouce qu’il faut pour que les jours nonchalants d’une vie, celle de l’un ou l’autre de ses pensionnaires, se transforment en destin. Et comme Dieu le père au septième jour, elle est un peu lasse, à la fin, de voir que ses créatures ne cessent de lui échapper: ainsi ce film, histoire d’un microcosme ramassé dans un hôtel douillet et confortable d'un quartier populaire, raconte-t-il au fond sa propre histoire. Celle du bonheur qu’il y a, pour un cinéaste, à donner naissance à des personnages qui vivront de leur existence à eux, et du poids d’humain que leur donneront les acteurs. On a parlé de Patachou, mais il y a tous les autres, Françoise Fabian, douce lumière de la maturité, la fragile Marie-Christine Rousseau, Stéphane Jobert massif et poignant.
On parlera sans doute à propos de ce film de nostalgie parce qu’il a ces couleurs un peu populistes du «réalisme poétique » qui habita tout un pan du cinéma français. Ce serait pourtant réduire Faubourg Saint-Martin, qui est un film bien d’aujourd’hui, pour cette attention renouvelée que notre cinéma porte aux comédiens - et plus encore aux comédiennes -, pour ce romantisme un peu distant qui s’y exprime, même s’il est, ici, plutôt côté accordéon que guitare électrique."
Emile Breton, 12/12/1986, Révolution -
Télérama
Au bord d'une écluse, deux enfants qui s'aiment s'embrassent debout entre les portes de la nuit... Jean-Claude Guiguet a beau protester quand on lui parle de Camé-Prévert à propos de son dernier film ; il a beau se réclamer de...Mankiewicz ; il a beau nous expliquer que s'il a revêtu Patachou d'un smoking et l'a fait tourner autour de la table pendant un repas de mariage; c'est qu'il pensait à Proust, faisant, au Ritz, le tour de ses invités... rien n'y fait: Faubourg Saint-Martin relève du réalisme poétique.
Naturellement, les chemins de la création, comme ceux de Dieu, sont impénétrables et il n'est pas question de mettre en doute le cheminement intérieur de Jean-Claude Guiguet. Mais le réalisateur des Belles Manières nous offre ici une espèce d'épure de la réalité, un monde transfiguré où la vérité des êtres se lit sur leur visage, où « les rôdeurs de la nuit» sont très gentils, où les prostituées peuvent choisir leurs dients et travailler sans mac, bref, un monde où la solitude et le malheur sévissent parfois, mais ou il existe un merveilleux refuge : l'hôtel trois étoiles de Mme Coppercage.
Mme Coppercage (superbe Patachou) reçoit, certes, des touristes fortunés, mais elle héberge aussi à l'année trois femmes au lourd et mystérieux passé, qui vivent du commerce de leurs charmes. Il y a la Marquise (Françoise Fabian), qui « travaille » pour payer à son fils des études dans un très beau collège, il y a Suzanne (Ingrid Bourgoin, l'inoubliable ouvreuse du dnéma porno de Simone Barbès ou la vertu) qui « travaille » pour se payer des leçons de chant. Son rêve ? Devenir une grande cantatrice. Enfin, il y a Marie (Marie-Christine Rousseau) qui « travaille » pour survivre. Elle est la plus jeune et la plus triste. D'autant plus triste qu'un grand bonheur l'habite : elle aime et elle est aimée d'un brave garçon, employé au métro. Mais l'aimera-t-il encore quand il « saura »? Et puis, Marie est poursuivie par la jalousie d'un mauvais garçon... C'est le ressort tragique de tous les romans populistes, mais, bien sûr, ce n'est pas l'essentiel.L'essentiel, c'est la première apparition de Patachou, de dos, dans le hall de l'hôtel. Longtemps, on attend qu'elle se retourne... C'est Suzanne, attenlive à l'angoisse de Marie et lui conseillant de diie à son amoureux la vérité : « S'il tient vraiment à toi, la vérité ne lui fera pas peur,: S'il n'y tient pas vraiment, il s'en ira comme un voleur ».C'est l'amitié maternelle, discrète et forte de Mme Coppercage ; c'est la tendresse furtive de la Marquise. C'est Françoise Fabian chantant (eh non, ce n'est pas Patachou !) la chanson d'Aragon : J'entends, j'entends. Ce sont surtout des silences, des regards, où passent compréhension et compassion.Faubourg Saint-Martin dégage un charme.Parfois, la musique y devient si pressante qu'on attend — comme chez Demy — que les personnages, tout naturellement, se mettent à chanter leurs répliques (ce qu'ils ne font pas). Parfois aussi cette musique (le prélude du Ve acte de Don Carlos de Verdi) devient un peu trop envahissante : Guiguet est resté un adolescent romantique.Et, comme les adolescents, il adore les aphorismes, les phrases un peu trop sentencieuses. Naïvement, il fait admirer son dialogue par ses personnages : « C'est joliment dit ! », aprouve quelqu'un. On frôle alors le ridicule.Mais le miracle, ici, c'est que le charme demeure. Jean-Claude Guiguet a réussi (...) la création d'un petit monde stylisé, d'où la vérité sourd grâce au jeu même des conventions. Il nous parle de l'amour fou, de la difficulté d'être et, surtout, de ce courage de vivre qui fait la. dignité des hommes.« Subis ta souffrance jusqu'à l'épuisement, dit Mme Coppercage à Marie. C'est le seul moyen de comprendre ». Si l'on veut atteindre la sagesse, il faut oser traverser le désespoir de part en part. Telle est la morale stoïcienne et tendre de cette drôle de ballade des cœurs meurtris.
Claude-Marie Trémois, 10/12/1986, Télérama
Affiche













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