Rencontre avec Olias Barco pour "Kill me please"
Introduction
Nous avons rencontré Olias Barco, l'énigmatique réalisateur de Kill me please qui nous a parlé de sa vision de la vie et de son goût pour la Belgique.
Article
Pourquoi avez-vous choisi une clinique comme cadre principal de votre film ?
L’idée du film provient d’un questionnement sur le suicide. J’ai été fasciné par ce phénomène étrange qu’est le suicide de groupe, surtout au Japon. Par exemple, il arrive qu’un groupe de personnes prenne un bus pour aller se jeter contre une falaise. Je trouve dingue que l’on puisse se suicider comme cela. Déjà que l’acte en lui-même est fort, mais en groupe, cela prend une toute autre dimension. Humainement parlant, ce rapport de groupe est assez étonnant. Mon film repart donc de ces personnes qui se rencontrent et qui décident d’organiser un tel « événement ». Ensuite, l’idée de la clinique m’est venue à l’esprit. Celle-ci existe réellement : elle se nomme « Dignitas » et se situe en Suisse. Au début, je n’y ai pas cru, je ne pouvais pas concevoir qu’une telle clinique pouvait exister. Mais en recherchant sur internet, je m’aperçois qu’elle est bien réelle, et que les gens peuvent décider de s’y donner la mort avec l’« aide » d’un médecin.
Avez-vous eu envie, dès le départ, d’adopter un ton corrosif ?
Oui, totalement. Mes courts métrages étaient déjà ouvertement cyniques et animés par un humour noir grinçant. Chacun d’eux portent sur un sujet important, sérieux, que je tourne en dérision. J’emploie ce type d’humour parce que je suis dans ce rapport-là avec la vie. Dès lors, j’arrive mieux à parler de ces sujets délicats lorsque je les aborde de mon propre point de vue. J’adore le cinéma anglo-saxon pour ces raisons-là, car il parvient toujours à tourner en bourrique les sujets graves. Kill me please s’éloigne ainsi de toute forme de réalisme. Mon film prend un parti pris solide sur la vie et crée un décalage qui apporte un regard différent.
Dans la deuxième partie de votre film, vous semblez virer dans le « survival ».
Ce sont les termes qui sont effectivement utilisés et Kill me please, en ce sens, pourrait être pris comme un clin d’œil au genre. Mais pour moi, mon film va plus loin que ça. C’est une orgie, une sorte de grande bouffe à la Marco Ferreri qui vire en overdose non plus de nourriture, mais de mort. En luttant contre sa propre mort, on finit par tuer l’autre, c’est une logique implacable ! Donc, « survival » au premier degré oui, mais si on creuse un peu, on peut voir quelque chose d’autre. Bien sûr je fais un petit hommage à ce type de film, mais Kill me please n’est pas un film de genre en soi, je dirais plutôt que c’est un film punk. En tout cas, je ne joue pas avec les codes des films de genre, car je cherche un autre rythme. C’est peut-être pour cela que mon film est parfois abstrait ou étrange. Cette absence de codes témoigne d’abord de la grande liberté de mon approche. Par exemple, il n’y a pas de musique. Il faut être culotté pour faire cela aujourd’hui, en 2010… ou fou !
Le fait d’avoir été produit par « La parti » a-t-il eu une influence sur vous ? Avez-vous voulu vous inscrire dans la lignée de Calvaire, Aaltra, C'est arrivé près de chez vous…
Pour C’est arrivé près de chez vous, on va tout de suite arrêter le débat car je n’ai pas réalisé une suite du film ! Bon, on retrouve bien sûr Poelvoorde et un des producteurs du film, mais la comparaison s’arrête là. Avant tout, c’est suite à ma rencontre avec Stéphane Malandrin que le projet est né. Celui-ci me présente son frère Guillaume, qui justement est producteur à « La parti ». Tous les deux me permettent ensuite de rencontrer Vincent Tavier, l’un des producteurs de C’est arrivé près de chez vous, que je considère comme l’une des personnes les plus créatives au monde. C’est quelqu'un qui assume toutes les casquettes, toutes les fonctions, un peu comme un coach qui intervient à tous les niveaux de la production du film. Il vous pousse presque à bout, et parfois c’est violent ! Mais il vous permet d’atteindre les objectifs que vous êtes fixés. Son travail sur Aaltra et Michael Kael contre la world company a été titanesque. Personne ne voulait de Benoît Delépine qui était considéré, en France, comme un fou. Quand je suis arrivé chez Tavier, il est clair que j’allais faire un film étrange, mais sincère, vraiment sincère, et ça on ne peut pas me le reprocher, qu’on aime ou non mon film. Et c’est à l’image de « La parti » : les gens y sont vraiment sincères.
Comment s’est effectué le choix des acteurs ?
Il y a des acteurs que je ne connaissais pas, comme Benoit Poelvoorde qui venait par amitié pour Tavier. A la base, Kill me please est un peu un film d’amis. On part d’un projet un peu expérimental, personne ne veut le financer et on dispose d’une caméra vidéo. Pourquoi le noir et blanc ? Parce qu’on n’a pas les moyens de tourner en couleur. On choisit un décor magnifique, on dispose du matériel, et c’est alors que surgit la question du choix des acteurs. On décide alors d’ouvrir les portes du film à ceux qui ont envie de venir s’amuser, rigoler, travailler, mais dans un rapport de groupe. Je dirais même qu’on formait une sorte de troupe théâtrale où chacun devait expérimenter et approfondir son jeu. Il n’y avait aucune pression, car on ne savait même pas ce qui allait advenir du film. Donc, certains acteurs viennent par amitié pour Vincent Tavier, d’autres, comme Virginie Efira ou Aurélien Recoing, viennent pour moi. Chacun est venu jouer sa partition avec son instrument et son désir de transmettre quelque chose.
Quelle a été la part d’improvisation dans le film ?
Elle était totale, ou presque. J’ai mal digéré l’expérience de Snowboarder, mon précédent film, et j’ai donc voulu faire exactement l’opposé. Chacun est libre, chacun a le droit de faire ce qu’il a envie de faire. Dans cette mesure, tous les acteurs vont puiser au plus profond d’eux-mêmes pour livrer ce qu’ils ont de mieux. Bien entendu, il y a une structure et un scénario, mais ceux-ci sont pensés pour que les acteurs puissent, avant tout, s’exprimer. Parfois, cette méthode peut être déstabilisante pour les comédiens. Ils sont dans l’incertitude totale, et qui sait ce qui peut arriver ? Et s’ils se plantaient ? Cela peut être dangereux. Dans ce cas, on se retrouve dans une relation où l’acteur doit avoir une confiance totale dans le réalisateur mais aussi, et surtout, dans le monteur. Bouli Lanners et moi travaillons avec le même monteur, ce qui fût un avantage considérable pour le film.
Vous vous qualifiez de « réfugié artistique à Bruxelles ». Est-ce que la culture belge et bruxelloise a influencé votre manière de faire du cinéma ?
En tout cas, je suis revenu à une certaine sincérité que j’avais perdue en France. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, j’ai retrouvé l’esprit de mes premiers courts métrages. En Belgique, via l’humeur du pays, les rencontres que j’ai faites et les amis, j’ai vraiment pu me replonger dans une sincérité créative assez stimulante. Et aussi dans une forme d’honnêteté vis-à-vis de ce qu’on a envie de faire, de montrer et de communiquer. Le tout sans la moindre prétention. Vincent Tavier incarne cela à travers les différentes facettes de sa personnalité. Et donc oui, la Belgique et sa culture m’ont permis de retrouver un esprit créatif que j’avais perdu. J’ai gagné des prix, mais je sentais que, ces dernières années, je m’éloignais. La Belgique a su me remettre dans le droit chemin.
Propos receuillis par Thibaut Grégoire pour UniversCiné Belgique











