Quand Maïwenn rencontre ses actrices
Introduction
Quand Maïwenn part à la rencontre des actrices, elle dessine avec chacune d'entre elles ce qui va devenir son rôle
Article
Pourquoi Mélanie Doutey et pourquoi lui avoir confié ce rôle « d’Angelina Jolie à la française » ?
Je suis allée la voir au théâtre. J’ai trouvé cette fille tellement spontanée, rigolote et pleine de vie, que j’ai eu envie de la filmer. Je lui ai même demandé ce qu’elle aimerait jouer. Et je me suis rendu compte que j’avais en face de moi un clown professionnel. Une fille qui comme moi et la plupart des actrices de mon film, ne pense qu’à une chose : rigoler toute la journée, faire le pitre, des imitations…
Passons à Karin Viard…
Après la sortie de Pardonnez-moi, elle m’a laissé un message qui me faisait entendre qu’elle était simple d’accès et aimait ce genre de cinéma vérité. J’en ai donc profité pour demander un rendez-vous. Et elle a compris en deux secondes le principe de mon film. Elle m’a tout de suite dit : « Dans la vie, je perds tous mes moyens quand il s’agit de parler anglais. Je pense donc que je peux m’amuser avec ça ». J’ai rebondi là-dessus pour son personnage.
Dans votre film, elle tourne avec Bertrand Blier. Il a été facile à convaincre ?
C’est mon idole ! Si j’ai un rêve d’actrice, c’est de tourner avec lui un jour. Mais c’est particulier de se retrouver à diriger quelqu’un dont on rêve qu’il nous dirige ! J’ai en plus dû me décarcasser pour qu’il accepte car, au départ, il ne voulait pas.
Revenons aux comédiennes : Muriel Robin…
C’est le premier spectacle que j’ai vu adolescente. Je devais avoir 12 ans et ce fut un vrai choc ! J’ai été fascinée. Et depuis, je n’ai raté aucun de ses spectacles et je lui ai proposé de chercher ensemble son personnage. Elle m’a fait part de sa « souffrance » de ne pas être assez demandée comme comédienne pour jouer autre chose que le clown de service. Et c’est sur cette piste que je suis partie. Elle n’a aucun problème à jouer en son nom propre des choses humiliantes. J’ai eu beaucoup de chance.
Charlotte Rampling…
Elle aussi a été assez difficile à convaincre. C’est peut-être l’actrice qui m’impressionne le plus, et je ne crois pas être facilement impressionnable. J’avais envie de lui faire faire des choses différentes tout en me servant de la tristesse qui est dans son regard et percer son mystère ! Son personnage parle assez pudiquement du rapport à l’âge qu’ont les actrices. Et puis je voulais absolument lui faire chanter une chanson de JoeyStarr ! Leur différence est telle que ça m’excitait beaucoup. La première rencontre de JoeyStarr et Charlotte Rampling restera un souvenir inoubliable pour moi.
Jeanne Balibar ?
Je l’ai voulue dans mon film tout simplement parce que je l’aime ! Je lui ai demandé si ça l’amusait de jouer avec son côté « actrice intello » qui rêverait de tourner dans des films d’action. Et ça lui a plu. J’avais envie de traiter des étiquettes (celle-ci mais aussi, à travers mes autres héroïnes : les has been, les débutantes dans le cours de théâtre, les « filles de »…).
Julie Depardieu ?
Julie est arrivée à la fin parce qu’une actrice m’a plantée à la dernière minute. Cette comédienne m’avait demandé de lui écrire un sujet qui lui était très personnel : celui de jouer systématiquement des rôles de mères alors qu’elle-même n’arrivait pas à avoir d’enfants. Mais au moment où elle l’a lu noir sur blanc, elle a eu peur, elle a trouvé ça trop personnel et a changé d’avis. J’ai alors pensé à Julie. Et, coup de chance pour moi, elle a aimé. Cela prouve une fois de plus que les obstacles qu’on rencontre sont là pour vous rendre service. Car Julie est mille fois plus inventive que l’actrice qui a changé d’avis. J’ai ensuite réécrit le personnage pour Julie.
Et Romane Bohringer ?
On était copines quand on avait 15-16 ans, on s’était perdues de vue puis retrouvées et on avait envie de tourner ensemble. Mais, à ce moment-là, le scénario était bouclé et tous les rôles distribués. Et il fallait que je fasse attention à ne pas rajouter de rôles pour ne pas faire exploser la durée de mon film et son budget !
Je lui ai donc proposé une petite scène sur la thématique « fille de comédien », mais elle n’avait pas envie de travailler sur cette scène-là, tout en me précisant que si une comédienne se désistait, je n’oublie pas de penser à elle. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde!
Le rôle de l’actrice has been a été le rôle le plus difficile à trouver : toutes les actrices à qui je le proposais refusaient. Elles voulaient bien jouer une actrice has-been, mais pas avec leur nom propre, et je ne voulais pas céder. Toutes les autres actrices jouaient le jeu de l’autodérision et se risquaient à créer la confusion avec leur propre image, je ne pouvais pas faire une exception. J’ai alors appelé Romane au pied levé. Elle a réfléchi, m’a dit oui. Dans son cas, je n’ai rien modifié pour elle : elle a endossé le rôle de l’actrice has been tel qu’il était écrit. Romane n’a peur de rien. Elle a beaucoup de recul et donc beaucoup d’humour sur son métier !
Linh-Dan Pham ?
Comme tout le monde, j’ai été bluffée par sa prestation dans De battre mon coeur s’est arrêté. Linh-Dan avait envie de jouer quelque chose très proche d’elle en évoquant le rapport avec ses parents qui ne sont pas fiers d’elle. Comme son personnage dans le film, elle a fait une école de marketing… avant de revenir à sa première passion puisqu’elle avait débuté dans Indochine. Et de mon côté, le thème de la famille et des parents m’intéresse évidemment toujours.
Estelle Lefébure ?
Avec elle, je voulais développer la thématique de la fille très belle et très pulpeuse qui n’est jamais respectée comme une actrice. C’est ce qui se passe en général d’ailleurs. Les belles actrices doivent toujours en faire deux fois plus pour être respectées ou elles ne le sont que dans des rôles où elles sont défigurées.
Ça m’intéressait donc de traiter d’une ancienne mannequin qui lutte pour être considérée comme une actrice. Elle a tout de suite accepté, même à ma condition de se faire couper les cheveux tout court et d’en faire une scène pour le film. Elle m’a juste demandé de ne pas prononcer le nom de son mari.
On va redécouvrir dans votre film Karole Rocher, révélée voilà quelques années dans Un frère avec Emma de Caunes…
Là aussi, j’avais très envie de travailler avec elle. C’est un bonheur de tourner avec elle, c’est une fille très expressive, très drôle, très inventive, très créative, avec un caractère et une manière de parler qui la rendent unique, c’est un cheval sauvage, j’ai une passion pour Karole. Et pour son personnage d’actrice débutante, je me suis à la fois inspirée de son histoire à elle et de la mienne lorsque j’ai moi-même pris des cours de théâtre. Les histoires qui me sont arrivées nourrissent d’ailleurs la plupart des personnages.
Et enfin Marina Foïs…
Ce qu’elle dit à un moment dans le film est vrai : je l’avais prise dans Pardonnez-moi et je l’avais coupée au montage. Mais je souhaite à tous les réalisateurs de tourner avec elle ! Chaque prise est différente. C’est toujours inventif, riche, drôle, émouvant… Marina est arrivée à la fin de ma distribution et je lui ai alors très honnêtement expliqué que je voulais retravailler avec elle mais que je ne savais pas quoi lui trouver. Et on a trouvé son personnage à la dernière minute. Celui-ci est en fait une synthèse entre sa problématique à elle et une histoire qui m’était arrivée et aussi il me permet de parler du physique, l’obsession des actrices à rester jeune.











