Maïwenn Le Besco : "Je fais des films pour diriger les acteurs, rien d’autre"
Introduction
Plongée dans les affres et les joies du métier d'actrice avec Maïwenn Le Besco. La comédienne et désormais réalisatrice évoque son besoin impérieux de s'amuser, après Pardonnez-moi, son premier long-métrage douloureusement autobiographque. Résultat, Le Bal des actrices, fiction aux accents documentaires et festival de célébrités névrosées. Entretien people.
Article
D’où est née l'envie du Bal des actrices?
J’ai toujours eu envie d’écrire un film sur des actrices. C’est mon plus grand rêve. Pardonnez-moi était une nécessité. Je me suis même lancée dans l’aventure de Pardonnez-moi sans savoir si le film sortirait un jour. Alors que Le Bal des actrices est vraiment un rêve de petite fille. En fait, après Pardonnez-moi, j’hésitais entre Le Bal des actrices et un autre film plutôt sombre. Et j’ai choisi le camp de la légèreté… à ce moment, aller vers de la légèreté représentait une nécessité pour moi. J’avais envie de rire et de danser !
Vous n’avez jamais envisagé autre chose qu’un film léger pour évoquer les actrices ?
J’avais envie de faire rire ! Et je crois qu’à partir d’aujourd’hui tous mes films seront comme ça. C’est Pardonnez-moi qui fausse la donne ! Car, à la base, je suis une spectatrice qui préfère rigoler. Je suis une fan de comédie. Je pourrais passer ma vie à rire. Une comédie est plus facile à écrire qu’un drame ? Je ne sais pas. En tout cas tourner est une période beaucoup plus joyeuse que l’écriture, que ce soit pour un film sombre ou une comédie... J’ai écrit le scénario en un an.
Pour prendre les choses dans l’ordre, comment commence l’écriture du scénario d’un tel projet ?
Je voulais plusieurs profils de comédiennes à des stades différents de leur carrière : débutantes, connues, pas connues, has been, sex symbol… j’avais écrit plusieurs versions mais je devais peaufiner sur mesure donc je devais avoir les actrices. Je me suis fait une liste des actrices avec lesquelles j’avais envie de travailler. Et j’ai été les voir une par une en leur disant : « Je vous aime. J’ai envie de faire un film avec vous. Je n’ai pas encore de rôle concret à vous proposer car je vais écrire pour chacune de celles qui l’acceptent. » Et leurs réactions ont dessiné la suite de ce projet. Certaines ne m’ont pas plu ou l’approche avec leur agent était déjà trop compliquée en soi. Mais la plupart des comédiennes se sont engagées sans lire !
Quand les actrices vous ont donné leur accord, comment s’est alors déroulé le processus d’écriture ?
J’aimerais que ma fausse réputation cesse. Je passe beaucoup plus de temps qu’on ne croit à écrire. Je ne fais pas tout à l’improvisation. Le scénario du Bal des actrices existe ! Simplement, je ne veux pas enfermer les acteurs dans un carcan. Donc, sur le plateau, si après avoir lu la scène, s'ils veulent changer certains mots, cela ne me dérange pas ! L’essentiel pour moi est qu’ils se sentent libres. Je ne suis pas attachée à mes dialogues. Je veux sentir la vérité coûte que coûte. Et quand ils sont à l’aise, les acteurs, souvent, me sortent des répliques à eux, qu’il m’arrive de garder.
Quelles sont les étiquettes les plus liées aux actrices selon vous ?
Une actrice c’est une femme à son extrême, elle est un peu plus folle que les autres, elle a un peu plus besoin d'amour que les autres. Une femme devient actrice parce que c’est le meilleur moyen d’apaiser un manque affectif. Il ne faut pas se voiler la face, le métier d’acteur vient de là : le besoin d’être aimé et regardé. Mais quand on entend : « ah les actrices et leur ego !, ah les actrices et leur carrière !, ah les actrices et leur physique !… », c’est n’importe quoi. Toutes les femmes du monde, quelle que soit leur profession, se préoccupent de leur physique ! Les actrices ne sont pas aimées des autres femmes en règle générale : parce qu’elles sont le fantasme de plein d’hommes, c’est un danger pour les femmes. Or, encore une fois, une actrice ce n’est qu’une femme qui a sa féminité poussé à son extrême, c’est pour cela que je pense que Le Bal des actrices, au final, parle des femmes, et pas seulement des actrices.
Derrière chacun de vos portraits d’actrices il y a une part de l’actrice que vous êtes ou que vous avez été ?
Oui en partie, mais essentiellement des actrices que j’ai croisées. Celles qui m’ont bouleversée, celles qui m’ont déçue…
Actrice, c’est un métier auquel vous préférez celui de réalisatrice ?
Oui dans ma tête, réaliser est mon métier. Mais jouer reste une fantaisie, un plaisir. Malheureusement je suis devenue très difficile avec le temps. J’ai envie de jouer si le projet est génial, or il y a peu de projets que je trouve originaux… Le personnage que joue Joey Starr est inspiré de l’homme qui m’a donné confiance en moi. C’est la seule personne qui m’a poussé vers mes propres envies, qui n’étaient pas des envies conventionnelles, et qui étaient des envies risquées. Si je n’avais pas rencontré cet homme, je ne serais jamais là où j’en suis aujourd’hui. Je me suis construite en tant que réalisatrice grâce à cet homme qui voyait bien que le métier d’actrice n’était pas vital pour moi. Ce qui était vital pour moi c’était de raconter mes histoires, et pas de jouer celles des autres.
L’idée des chansons qui allaient traduire l’inconscient de chaque comédienne était présente au départ ?
Oui ! Le concept entier du film était installé dès le début. Tout cela est en fait né au moment du montage de Pardonnez-moi. Je passais beaucoup de temps dans les transports en commun à écouter mon lecteur mp3. Et à force de rêvasser en écoutant les morceaux que j’aime, j’ai commencé à voir des images qui m’ont ramenée à mes rêves de petite fille. Et au fur et à mesure, l’idée du Bal des actrices a fait son chemin. Avec cette volonté de traduire l’inconscient des actrices en chansons.
Qui a composé les chansons ?
Je drivais les auteurs par échanges de mails. Je leur faisais des listes de mots caractéristiques des différentes chansons. Et il y avait des allers-retours incessants entre nous au fur et à mesure.
Comment s’est passé le croisement entre les chanteurs et les acteurs ?
Avant même de connaître mon casting de comédiennes, j’avais été voir les compositeurs avec qui j’avais envie de travailler. Je leur ai expliqué l’idée de mon film avec les différents thèmes que je souhaitais aborder tout en leur précisant que je ne savais pas encore quelles actrices l’interpréteraient. A ce moment-là, ceux qui étaient intéressés m’ont précisé le thème qu’ils préféraient développer dans leurs chansons et l’actrice pour laquelle ils préféraient écrire. Puis, une fois mon casting d’actrices réuni, je suis allée les voir une par une et leur ai donné les noms des compositeurs. Et à partir de là, j’ai fait des couples : Charlotte Rampling/JoeyStarr, Mélanie Doutey/Benjamin Biolay, Karin Viard/Anaïs… en fonction des affinités.
Comment avez-vous travaillé les chorégraphies ?
Cela demande une précision de chaque instant. Je suis une fan de danse. J’adore les films qui parlent de danse et les chorégraphies. Concevoir toutes ces scènes a donc été un bonheur pour moi. En plus, le prof de danse qui a fait travailler les actrices est un ami dans la vie. Je suis allée à toutes les répétitions car je voulais connaître toutes les chorégraphies de chaque actrice en détail avant de commencer. Cela s’est étalé sur plusieurs mois…
Qu’est-ce qui vous a donné envie de diriger Joey Starr ?
Je l’ai rencontré pour lui proposer de faire cette chanson en duo avec Charlotte Rampling. Et, parallèlement, je cherchais le comédien qui allait jouer mon compagnon. J’avais pensé à Arié Elmaleh, Gilles Lellouche… Des mecs à la gouaille facile. Et puis, un jour, juste avant un rendez-vous avec lui, je l’ai vu plein de prévenance pour sa femme enceinte qui l’accompagnait. Il était tellement attentionné que je me suis dit que j’avais envie de le filmer comme ça ! Je lui ai donc proposé de jouer mon compagnon…
Il était très surpris, j’ai ré-écrit du sur-mesure pour lui. Quand j’ai dit aux producteurs que je voulais prendre Joey Starr dans un des rôles rincipaux, ils ont eu très peur. Moi j’étais sûre de moi, je sentais que c’était un acteur, alors je lui ai fait passer des essais, plus pour rassurer les producteurs que pour moi, et les essais étaient renversants. JoeyStarr joue comme s’il se foutait de tout, et c’est comme ça que j’aime les acteurs en général, quand on croit qu’ils s’en foutent de tout. Chez les actrices en revanche, j’aime celles qui jouent comme si leurs vies étaient en jeu, j’aime le côté excessif chez elles, mais pas chez l’acteur. JoeyStarr est un homme très inspirant et inspiré. J’ai adoré le diriger, il est très réactif, et a les qualités et les défauts d’un acteur débutant : c’est très touchant. Je suis très fière d’avoir été la première à penser à lui pour jouer autre chose que le bad boy de service, le boxeur, ou le dealer …
Et Yvan Attal ?
Ca a été très dur de le convaincre, notamment parce qu’il y avait certaines choses qu’il ne voulait pas jouer. Et j’ai plié. Car pour quelqu’un que je veux à tout prix, je suis capable de beaucoup de concessions… Quand Blier m’avait dit non une première fois, j’avais récupéré son adresse perso et je m’apprêtais à aller dormir sur son palier ! Et heureusement, le DVD de Pardonnez-moi que je lui avais envoyé l’a conquis. Donc je n’ai pas eu à le faire. Mais s’il avait fallu, ça ne m’aurait posé aucun problème.
Il était évident que vous jouiez la réalisatrice de ce documentaire à l’écran ?
Oui. Cela me permettait ainsi de ne pas m’éloigner de mon statut de réalisatrice. Sans compter que cela motive énormément les acteurs de voir un réalisateur qui joue et qui est avec eux dans la scène.
Le fait de jouer est un plaisir pour vous ?
Ca m’amusait de jouer la Maïwenn qui a pris la grosse tête. Une fille qui a pété un câble, qui se prend pour la nouvelle Sofia Coppola et snobe les gens qui lisent Voici.
Que vous a apporté concrètement l’expérience du premier long métrage sur celui-ci ?
Ce qui a énormément changé, c’est que les acteurs m’ont fait confiance ! Sur Pardonnez-moi, je n’étais qu’une débutante et j’avais conscience qu’on me prenait parfois pour une folle qui met sa vie en pellicule et règle ses comptes. Ils étaient plus méfiants envers moi (sauf Pascal Greggory qui m’a fait une confiance aveugle). Mais une fois que le film a existé et que les comédiens ont vu ce que j’ai sorti d’eux, ils étaient très fiers, et beaucoup d’acteurs m’ont sollicitée après Pardonnez-moi pour travailler avec eux. J’étais très flattée. Il n’y a qu’une chose qui m’intéresse sur un tournage : les acteurs. Le cadre, je m’en fous. Les décors, je m’en fous. Je me fous de tout sauf des acteurs. Tout est fait sur le plateau pour qu’ils soient à l’aise, qu’ils se sentent bien dans leurs costumes, que l’équipe technique soit gentille avec eux. Car s’ils sont bien, ils donneront le meilleur d’eux-mêmes et ils auront envie de me séduire. Je fais des films pour diriger les acteurs, rien d’autre.











