La province vue par...
Introduction
Eric Guirado évoque le parcours du Fils de l'épicier, son deuxième long-métrage, itinérant, provincial et armé d'une bonne foi désarmante contre les clichés parisiens.
Article
À propos de la province
J’ai grandi à la campagne, j’ai un rapport affectif très fort à cet univers. Très jeune j’ai commencé à faire de la photo dans la nature : j’essayais de capter les lumières, les courbes, et toutes les palettes de matières et de couleurs que peut offrir une forêt par exemple.
À Paris, les gens ont une vision faussée et «cliché» de la province. Pour moi, c’est un lieu de contrastes, de paradoxes, que j’ai toujours filmé avec envie et curiosité. Le documentaire a été pour moi l’occasion rêvée de m’approcher des gens, de partager leur quotidien. J’aime rechercher, en documentaire, l’humanité des gens, des héros minuscules effacés dans le paysage et je m’efforce de révéler ce qu’il y a d’exceptionnel en eux, sans complaisance, mais avec discernement et pudeur. Le portrait d’un vieux berger dans le pays de Gex, réalisé il y a plus de dix ans, m’inspire encore aujourd’hui, à chaque fois que j’aborde la construction de mes personnages.
À propos des camions épiceries
Il y a quelques années, j’ai réalisé pour France 3 plusieurs portraits intimistes de professions itinérantes comme les boulangers, les photographes ambulants, les mariniers en régions Rhône-Alpes et Auvergne. Je passais mon temps sur les routes. J’adorais suivre des personnages, découvrir leur quotidien, que je trouvais exceptionnel, et transmettre leur histoire. Mais c'est après mon premier long-métrage, Quand tu descendras du ciel, que j'ai commencé à tourner des documentaires - portraits d’épiciers ambulants.
À propos des personnages
A part Claire, ce sont des êtres réservés, discrets, timides ou pudiques qui ne cherchent pas forcément à dépasser leur condition, et qui sont velléitaires. Cela les rend tour à tour agaçants et attachants.
À propos de la famille
Ce qui relie les membres de cette famille, c'est cette zone d'ombre faite de non-dits et de malentendus : les personnages se parlent très peu et, lorsqu'ils s'adressent la parole, ils se mentent ou s’arrangent avec la réalité. Mais, au fond, il s'agit pour moi d'une famille assez banale, qui n'a pas une histoire particulièrement remarquable et qui tente de s'en sortir en menant une vie simple – jusqu'à l'écoeurement pour Antoine, qui a vu son horizon se rétrécir et a préféré fuir.
À propos du tempo du film
Le scénario avait cette dynamique, j’ai enfoncé le clou au tournage. Je voulais qu’Antoine soit bousculé, qu’il soit pris dans un mouvement qui le sorte de sa condition, de ses préjugés, et qu’il soit emporté un peu malgré lui. Malgré une forte résistance initiale (au début, il n’est centré que sur ses désirs), Antoine finira par s’ouvrir aux autres : apprendre à les écouter, à les regarder, à être attentif à eux. Pour lui, c’est une révolution intime. Et comme toutes les révolutions, cela ne peut se passer calmement, en douceur.











