"Ce qui m’intéresse, c’est le paysage après la tempête."
Introduction
Dans sa "Note d'intention", le cinéaste explique pourquoi il n'a pas voulu traiter de la guerre civile au Tchad, mais de ses conséquences.
Article
"Au Tchad, la guerre civile dure depuis 1965 ; elle a fait de nombreuses victimes. Parmi les 40 000 tués ou disparus sous le règne d’Hissène Habré, j’en connaissais beaucoup. Un de mes oncles en faisait partie… Après avoir été enlevé, on ne l’a plus jamais revu. Moi-même j’ai été blessé - j’ai dû quitter mon pays sur une brouette, embrassant les chemins de l’exil ; autant dire que j’ai vécu ce drame dans ma chair…
À chaque fois que je retourne au Tchad, je suis confronté à cette réalité de l’après-guerre ; elle est là, omniprésente, comme une histoire en suspens, jamais terminée, une page qu’on n’a pas encore tournée… Je connais nombre des acteurs ayant participé à cette tragédie ; il m’arrive même de les côtoyer. Ils ont tué, violé, brûlé, endeuillé, pillé… s’en sont pris aux plus vulnérables qui, en définitif, sont les laissés pour compte d’aujourd’hui. Les bourreaux d’hier, eux, sont devenus des gens de pouvoir et paradent sans être inquiétés.
Ce qui est terrible dans les guerres civiles, c’est qu’elles légitiment toutes les atrocités, tous les crimes et, tout compte fait, les absolvent. C’est ce sentiment d’injustice qui nourrit le désir de vengeance - qui n’est, au fond, qu’un désir de justice.
Daratt ne traite pas de la guerre civile, mais de ses conséquences. Ce qui m’intéresse, c’est le paysage après la tempête. La vie, obstinément à l’oeuvre, dans les champs de ruines et de cendres. Comment en effet continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine ? Quelle attitude adopter face à l’impunité ? Se résigner ou se faire justice soi-même ? Et quand on choisit cette dernière option, c’est quoi tuer un homme ?"
Mahamat-Saleh Haroun











